C’était mieux avant…

Je me souviens… lorsque j’ai commencé à travailler, j’étais jeune, j’avais 15 ans, c’était l’année de mes 16 ans. J’étais secrétaire dans un centre de contrôle technique pendant l’été… ça permettait de payer les livres à acheter à la rentrée.

Je commençais pour 8h, mais il fallait être là un peu avant pour que les clients n’attendent pas trop, et en général l’ambiance était cool mais on ne s’ennuyait pas… fallait que ça avance. Le travail était fait, c’était concret. J’avais une visibilité dessus : nombre de voitures passées, et donc enregistrées, nombre de rendez-vous pris etc…

J’ai fait ça tous les étés jusqu’en 2007. De 1999 à 2007.

Je suis entrée à la fac en 2003… mon goût pour l’informatique s’est remarqué assez vite : j’ai commencé par des PowerPoint pour les “ami(e)s” jusqu’à me faire repérer un peu plus. Les personnes de l’association de ma filière m’ont demandé de faire leur site… donc après réunion rapide sur les besoins qu’ils avaient et les choix de ce qu’ils voulaient, je m’y suis collée. C’était pas si difficile, j’avais déjà fait quelques sites pour arrondir mes fins de mois. Comme c’était une association et qu’ils galéraient pas mal, je ne les ai pas fait payer.

Finalement, le professeur responsable de l’association est venu me voir un jour, me demandant si c’était moi qui avait fait ce site. J’ai demandé s’il fallait y apporter des modifications ou autre (parce que bon… on sait jamais) et il m’a simplement souri.

Quelques jours plus tard, je me fait convoquer par ma directrice de département “je vous propose un job, refaire le site du département LEA”. J’ai dit oui, je ne crache jamais sur un job, je ne peux pas me le permettre.

Et c’est parti… pendant toutes mes années fac, mon job étudiant c’est de m’occuper du site, d’en faire la promotion, d’étoffer les services proposés etc… J’ai commencé avec un site vitrine, on a fini avec une équipe de trois personnes avec site, IRC et forum (ouais c’est vieux hein).

En plus de ce job, j’aidais toujours les gens dans le besoin : un prof qui a besoin d’un conseil pour faciliter le traitement des données pour sa thèse, les étudiants qui ont besoin de jolis PowerPoint, des mémoires à mettre en forme etc…

À cette époque, je ne réfléchissais pas vraiment, j’y allais c’est tout, je n’avais pas le temps de me poser des questions. Les questions prenaient mon temps de sommeil, et lorsque l’on dort 2 à 3h par nuit, c’est un luxe qu’on ne peut pas forcément se permettre.

En 2007, j’ai besoin d’air, de changement. Je suis le programme ERASMUS et pars en Italie du Sud. Très au sud. Lecce. Petite ville sympa, gens accueillants, poisse légendaire mais j’avais besoin de ça. J’avais besoin de difficultés, de me prouver que j’étais capable de surmonter ça. Je continue mon job étudiant à distance, et je survis sans trop de mal… On s’y fait après tout.

Je rentre en juillet, trop tard pour les jobs d’été… je prends des vacances où je dors.

2008 je fais un stage, que je prolonge en Juillet et Août. 2009 je fais la même chose et termine mon stage en septembre. Stages rémunérés… pas vraiment d’autres choix.

Et là… je me rends compte des choses. Je vois que le monde du travail n’est pas vraiment ce que j’avais expérimenté jusque là. Je me dis que ce ne sont que des stages, qu’en vrai, dans la vraie vie c’est pas comme ça que ça fonctionne. Qu’en vrai, dans la vraie vie, on ne s’ennuie pas au travail. Qu’en vrai, dans la vraie vie, on ne peut pas être payé à ne rien faire.

2009, crise oblige, j’en chie pour trouver un emploi dans ma Lorraine. Après un job de prof (purement alimentaire, j’avais pas le choix…) je fais mes valises pour la région parisienne et un job mal payé et répétitif… mais au moins je ne m’ennuie pas, j’ai pas le temps.

Et… mon chef remarque assez vite mon côté geek refoulée et me balance “t’es douée, pourquoi tu passes pas un concours ?” et… je l’ai écouté, j’ai passé un concours. Malheureusement je l’ai eu.

Et j’ai compris que toutes les vannes foireuses sur les fonctionnaires sont vraies. Y’en a vraiment un qui bosse pour cinq qui regardent. Ils sont vraiment toujours débordés… alors qu’en fait ils sont juste pas organisés. Ils ne savent simplement pas travailler.

Attention hein, celui qui bosse est doué, c’est le seul mais il est doué… et il ne comprend pas toujours comment ses collègues peuvent être aussi cons aussi. Ils sont pas méchants, mais ils sont cons. Enfin si, des fois ils sont méchants… mais ce n’est pas vraiment le débat.

Donc 2011 je deviens fonctionnaire. Je me dis “c’est trop cooool la sécurité de l’emploi, pis on va pouvoir faire des économies si je leur explique des trucs tout con ! Et puis ça sera trop bien et tout et tout !”.

Pis en fait non. Je vais trop vite, et je n’y connais rien, je suis une femelle. Et puis, tu sais, l’administration c’est lent. Et puis… il y a toujours une excuse à la con. Je reste donc sans aucune activité, puis très peu, puis aucune… enfin tu connais déjà ces histoires, et si tu ne les connais, tu peux regarder les articles plus anciens qui en parlent.

Bref, suite à craquage, je file ma disponibilité et je cherche du travail dans le privé. Au Luxembourg. Trop cooool je vais enfin pouvoir bosser ! Eh euh bah… pas vraiment en fait. Il y a du travail, il y en a toujours. Mais quand tu parles de choses évidentes, on te regarde comme si tu étais un extra terrestre. Lorsque tu relèves les absurdités, on te répond “bah on a toujours fait comme ça et ça a toujours fonctionné”.

Du coup, je me pose une question conne finalement : est-ce que c’était mieux avant, vraiment ? Ou est-ce que je n’avais jamais connu (professionnellement parlant) ce secteur ? Ou alors les gens sont simplement de plus en plus cons ? Comprennent de moins en moins bien ?

Ou alors je ne suis simplement pas à ma place. Je fais tâche.

La société a évolué. En bien pour certains, en moins bien pour d’autres. On arrive à une société de l’assistanat : on aide pour tout, et les gens sont tellement habitué à avoir toutes les réponses dans leur poche qu’ils ne prennent plus la peine de réfléchir à comment faire les choses sans ces aides (parfois précieuses).

Un ami m’a fait remarquer qu’aujourd’hui, on arrive dans la “consommation de confort”. Le meilleur exemple est le secteur automobile. Une voiture, à la base, a 4 roues et roule. Aujourd’hui, une voiture peut t’emmener où tu veux grâce au GPS intégré, tu ne réfléchis plus à ton itinéraire. Trop de bouchons ? Pas de soucis, on prend un autre itinéraire. Tu ne sais pas faire un créneau ? Pas de problème, ta voiture se gare toute seule etc…

Et vu l’évolution, elle prendra la main sur la conduite d’ici peu…

Je ne sais pas si toutes ces évolutions sont de bonnes choses : j’aime garder un certain contrôle, me dire que si je fais une connerie, c’est simplement de ma faute. J’assume.

Je ne suis pas certaine d’être née à la bonne époque, je ne suis pas sûre d’être à ma place, je ne sais même pas si j’utilise bien mon cerveau (car oui, les femmes en ont un aussi). Mais je sais que, même si les simples d’esprit sont heureux, je suis contente de comprendre mon monde un minimum, je suis contente je voir le monde comme je le vois même si ça ne laisse que très peu de place à l’espoir, je suis contente de me dire que ça ne changera peut être pas, mais le jour où on nous retire tous ces outils qui facilitent notre quotidien, je saurai me débrouiller seule.

C’est encore une de ces journées où j’aimerais bien tout plaquer, tout envoyer chier et aller me perdre au fin fond des bois, ou des montagnes. Avoir une cabane loin de tout, et recommencer ma vie comme si les humains n’avaient jamais existé.

About Kykoonn
Geek refoulée, préfère ses PC aux zumains, aime les licornes et la mirabelle liquide.

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